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RDC:destitution,scrutin indirect…les menaces qui pèsent sur Tshisekedi

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16 Sep 2020congokabilaRDCtshisekedi

by Christophe RIGAUD

Félix Tshisekedi © Présidence RDC

Œil pour œil, dent pour dent. Cela fait maintenant plusieurs mois que Félix Tshisekedi et Joseph Kabila sont à couteaux tirés, et passent pas le plus clair de leur temps à se mettre des bâtons dans les roues. Le premier cherchant à grignoter un peu de pouvoir à un FCC tout puissant, et le second tentant de récupérer par tous les moyens le fauteuil présidentiel en 2023. Depuis son arrivée à la tête de la RDC en janvier 2019, Félix Tshisekedi ne démérite pas pour tenter de barrer la route à l’hégémonie du FCC sur les institutions congolaises et use de toutes ses prérogatives, quitte à composer un peu avec la Constitution.

Lorsque le FCC veut imposer le très contesté Ronsard Malonda à la tête de la Commission électorale (CENI), Félix Tshisekedi bloque sa désignation. Lorsque que des députés pro-Kabila présentent une réforme électorale censée caporaliser les magistrats par le ministre de la justice FCC, le président Tshisekedi obtient la démission dudit ministre et réussit à retarder l’examen du projet loi. Dans l’armée, où les relais de Joseph Kabila sont encore omniprésents, le nouveau chef de l’Etat parvient à écarter John Numbi, un proche de l’ancien président, et à mettre sous les verrous le colonel Christian Ngoy, soupçonné d’avoir participé au double assassinat de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana.

Cet été, Félix Tshisekedi a également voulu faire le ménage au sein de la très stratégique Cour constitutionnelle qui reste, avec la CENI, les deux organes d’organisation et de contrôle des élections de 2023. Le président nomme deux juges de la Constitutionnelle, proches de l’ancien président Kabila, à la Cour de cassation alors qu’ils exerçaient encore leurs mandats. Une permutation très politique qui a provoqué l’ire du FCC, mais aussi de l’opposant Martin Fayulu, qui a accusé Félix Tshisekedi de « trahison » pour avoir « violé la Constitution ».

Dans ce climat délétère entre les deux coalisés, le FCC a décidé de montrer les muscles et mettre la pression sur le président Tshisekedi. Un groupe de travail a été mis en place pour engager une procédure de destitution. Le FCC affirme avoir documenté de nombreuses violations répétées de la Constitution par le chef de l’Etat. La plainte devant le procureur pourrait alors provoquer la convocation des deux assemblées, Assemblée nationale et Sénat, afin de lever l’immunité du président. Les deux chambres étant majoritairement dominées par le FCC, cette procédure, si elle est jugée recevable, pourrait conduire à la destitution de Félix Tshisekedi.

« La procédure de destitution peut aboutir, mais ce n’est pas la menace la plus probable. Ce serait le dernier recours » explique à Afrikarabia le politologue Alphonse Maindo. « Politiquement, je ne vois pas le FCC destituer le président. Le FCC a besoin de Tshisekedi et inversement. » Mais attention, prévient l’universitaire, « le FCC peut aller jusqu’à la destitution si Félix Tshisekedi franchit la ligne rouge qui serait de toucher au pré-carré et aux intérêts de Joseph Kabila ».

Une deuxième arme, beaucoup plus probable, est également brandie par le FCC pour éliminer Félix Tshisekedi : l’élection au scrutin indirect du prochain président. L’idée a été opportunément avancée par Alphonse Ngoyi Kasanji, l’ancien gouverneur du Kasaï-Oriental, pour vanter les mérites de la désignation du président de la République par un collège de grands électeurs du Sénat et de l’Assemblée nationale, dominés par le FCC de Joseph Kabila. Un scrutin qui serait également « moins onéreux » se réjouit Alphonse Ngoyi Kasanji.

Cette seconde menace est sans doute la plus sérieuse qui pèse sur Félix Tshisekedi analyse Alphonse Maindo. « Le FCC a la majorité pour changer le mode de scrutin. Ils y arriveront. Et ce n’est pas la Cour constitutionnelle qui va refuser la candidature de Joseph Kabila. Le principal argument étant que Joseph Kabila a été élu par un scrutin majoritaire à deux tours en 2006 et par un scrutin à un seul tour en 2011. C’est un argument qui avait déjà été avancé en 2016 pour justifier un troisième mandat de Joseph Kabila ». Mais la ficelle est un peu grosse pour Olivier Kamitatu, le plus proche conseiller de l’opposant Moïse Katumbi, qui affirme qu’« avec la subtilité d’un éléphant dans un magasin de porcelaine, les FCC mettent à nouveau sur la table la carte du mode indirect. Ultime possibilité de remettre en selle la candidature de leur autorité morale… »

Le politologue Alphonse Maindo avance enfin une dernière menace qui pèse sur Félix Tshisekedi : le mécontentement croissant de la population. « Le FCC fait tout pour faire échouer le mandat du président Tshisekedi et provoquer la colère des Congolais. On le voit avec le problème de la dépréciation de la monnaie où certains pensent maintenant que la situation était meilleure sous Kabila. Idem pour le rapprochement avec le Rwanda qui est très contesté ou l’insécurité qui augmente avec de nouveaux groupes rebelles. Cette menace sur le mandat de Félix Tshisekedi est également importante. ».

Christophe RIGAUD – Afrikarabia

Christophe RIGAUD

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