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Minembwe: Ruberwa en flagrant délit de conflit d’intérêt

Grand intercesseur des intérêts des « populations rwandophones » [Tutsis Congolais] et ceux du régime de Kigali au Congo-Kinshasa, Azarias Ruberwa, président de l’ex- « rébellion » pro-rwandaise du RCD-Goma et actuel ministre de la Décentralisation, a profité de sa position pour manigancer, sous le Premier ministre Augustin Matata Ponyo, l’élévation de la localité de Minembwe, au Sud-Kivu, en « commune rurale ».

C’était en juin 2013. Bien que le décret de l’ancien « Premier » fût postposé, le président du RCD a fini par faire nommer un de ses parents en qualité de bourgmestre de cette entité située dans le Territoire de Fizi, au Sud-Kivu. L’installation du responsable de cette « municipalité » a eu lieu le 28 septembre. L’opinion peine à comprendre la solennité ayant entouré cette cérémonie. On notait la présence de plusieurs officiels civils et militaires. Les Congolais sont vent debout. D’aucuns considèrent la naissance de cette « municipalité » comme étant « l’acte 1er de la balkanisation du pays ». Le Président de la République devrait arrêter cette imposture.

« Complot ». « Tunakatala » (nous sommes contre). « Aujourd’hui, c’est une commune, demain, ce sera une province et le lendemain… ». « La localité de Minembwe vendue aux Rwandais ». « C’est une provocation ». « Les Congolais doivent se lever ». Ce sont là les nombreuses réactions – parmi tant d’autres – qui circulent sur les réseaux sociaux.

D’après le député national Muhindo Nzangi, le ministre de la Décentralisation et réformes institutionnelles, Azarias Ruberwa, fera l’objet d’une interpellation, dès son retour, afin qu’il fournisse des explications à la représentation nationale au sujet de l’installation d’un « bourgmestre » à la « commune rurale » de Minembwe, au Sud-Kivu.

Le ministre de la Défense , le Fcc/Pprd Aimé Ngoy Mukena prononce un speech. Derrière lui, on reconnait le député national Daniel Safu.

A en croire cet élu du Nord-Kivu, il y aurait 310 communes à installer. Le parlementaire s’interroge sur les raisons ayant poussé Ruberwa à jeter son dévolu spécialement sur cette localité située dans le Territoire de Fizi. « Nous ne comprenons pas pourquoi, de manière particulière, il ne s’est intéressé qu’à installer la commune rurale de Minembwe ». Pour lui, la démarche du ministre Azarias Ruberwa constitue une « menace » pour « l’unité et l’intégrité du pays ».

Personnage énigmatique et très mal aimé du fait des zones d’ombre qui jalonnent ses origines mais aussi de sa tendance à défendre uniquement les intérêts des « Tutsis congolais » et ceux du Rwanda de Paul Kagame, Ruberwa fait partie de ces politiciens nés, « par génération spontanée », au lendemain de la « guerre des Banyamulenge » d’octobre 1996 à mai 1997. Des individus sorties du néant. « Joseph Kabila » et sa fratrie, en tête.

Dans une interview accordée à l’hebdomadaire « Jeune Afrique » n°2280 daté du 19-28 septembre 2004, Ruberwa, alors vice-président de la République en charge de la Défense et sécurité, dénonce en termes véhéments le « massacre » des Banyarwanda dits « banyamulenge » à Gatumba au Burundi. « C’est un crime transfrontalier. Surtout c’est un génocide, car seuls les Banyamulenge ont été attaqués. Selon nos sources, ce crime a été planifiée à partir du Congo », déclarait-il. En septembre 2004, il jurait ses grands dieux que personne ne peut prouver que l’armée rwandaise est présente au Congo. Un déni de l’évidence.

UN MINISTÈRE TAILLÉ SUR MESURE

La présence du très impopulaire « Azarias » dans le gouvernement du Première ministre Samy Badibanga Ntita, en décembre 2016, avait surpris d’autant plus que son « parti » le RCD-Goma n’a aucun poids politique au niveau parlementaire. La surprise s’est muée en stupeur lorsqu’un ministère taillé sur mesure lui fut attribué. Il s’agit du ministère de la Décentralisation et réformes institutionnelles.

Quatre années après, les réalisations du ministre Ruberwa sont à rechercher avec une lampe en plein jour. L’homme n’a guère réussi à transférer les compétences et les moyens d’actions aux pouvoirs locaux. Pour les législateurs de 2005, les 25 nouvelles provinces et la ville de Kinshasa étaient censés devenir des centres d’impulsion et de développement à la base.

Lors de la formation du gouvernement du Premier ministre Sylvestre Ilunga Ilunkamba, fin août 2019, Azarias s’est vu attribuer le même portefeuille. Pour l’opinion, il ne faisait plus l’ombre d’un doute: Ruberwa était chargé d’une « mission spéciale ». Laquelle? Celle de spolier les membres des ethnies Fuliro, Bembe, Rega et Bashi au profit des immigrés banyarwanda dits « Banyamulenge ». C’est oublier qu’au Congo-Kin, chaque tribu ou ethnie est attachée à un territoire. La langue parlée porte le nom du groupe ethnique ou tribal.

Azarias Ruberwa, ministre de la Décentralisation et des réformes institutionnelles

Lundi 28 septembre, le ministre « Azarias » a procédé à l’installation de son parent Gad Mukiza en qualité de bourgmestre de la « commune rurale » de Minembwe. La nouvelle « municipalité » grignoterait d’importantes étendues des territoires de Mwenga, Fizi et Uvira. Surprise, plusieurs officiels étaient présents. C’est le cas notamment du ministre de la Défense, le Fcc/Pprd Aimé Ngoy Mukena et du chef d’état-major général de l’armée, le général Célestin Mbala Musense. Sans omettre le gouverneur du Sud-Kivu et plusieurs députés nationaux appartenant à la Commission défense et sécurité dont la présidente n’est autre que Jaynet « Kabila ». « C’est une coïncide », a bredouillé le député Juvénal Munubo, rapporteur de ladite commission. L’ambassadeur américain Mike Hammer était également sur le lieu. Coïncidence?

S’adressant ce week-end aux « combattants » de l’UDPS, le député national André Mbata Mangu a fustigé l’acte posé par le ministre Ruberwa, sans toutefois nommer ce dernier. Le constitutionnaliste Mbata a eu ces mots: « La RDC notre pays n’est pas à vendre ni à louer. Minembwe n’ira jamais au Rwanda. (…)« .

En juillet 1998, le président LD Kabila décide de rompre la coopération avec ses anciens parrains de l’Ouganda et du Rwanda. Dès le mois d’août, une nouvelle « rébellion congolaise » voit le jour dans la capitale rwandaise sous la dénomination de « Rassemblement congolais pour la démocratie ».

UNE FAUTE POLITIQUE

Intervenant sur la radio Top Congo, le député Muhindo Nzangi a rappelé que c’est à l’époque où il dirigeait le RCD que Ruberwa avait érigé la localité de Minembwe en Territoire. Après l’installation du gouvernement de transition en juin 2003, cette décision, pour le moins irrégulière, fut purement et simplement annulée. Et ce suite à un tollé général.

Usant de son influence et surtout de sa connivence avec l’ancien président « Kabila », Ruberwa est revenu à la charge en arrachant au Premier ministre, Augustin Matata Ponyo, un décret érigeant Minembwe en « commune rurale » sans l’avis de l’Assemblée provinciale. Encore moins celui du gouvernement local.

Jolino Diwampovesa Makelele

Des observateurs ont été abasourdis en prenant connaissance de la réaction à ce sujet du ministre de la Communication et médias, Jolino-David Diwampovesa Makelele. Celui-ci a adopté une posture digne de Ponce Pilate en déclarant que l’institution de Minembwe en « commune rurale » n’a pas été décidée sous le président Felix Tshisekedi Tshilombo. « Nous avons trouvé un projet en place. Nous n’avons fait que finaliser ce qui avait déjà été décidé depuis, je crois, 2013 ». Pourquoi « finaliser » seulement le cas de Minembwe? Qu’en est-il des autres communes à installer?

La semaine qui commence pourrait voir la polémique enfler. Sauf si le chef de l’Etat décidait de descendre dans l’arène pour jouer son rôle de garant de l’intérêt général et surtout d’ « arbitre suprême » pour éteindre l’incendie allumé par le Fcc/Pprd.

Azarias Ruberwa qui prétend être né sur les hauts plateaux d’Itombwe s’est rendu coupable de conflit d’intérêt. Sous d’autres cieux, ce genre de comportement est constitutif de faute politique. Le ministre a usé de ses fonctions pour favoriser les intérêts des membres de sa communauté.

Cette affaire a le mérite de réveiller les Congolais qui avaient oublié que le régime de Kigali continue à interférer dans les affaires de leur pays. Et ce à travers ses hommes-lige tapis – infiltrés? – dans les institutions. Azarias Ruberwa constitue un cas patent. Il n’est pas le seul…

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