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Minembwe : Tshibala a-t-il triché ?

Depuis que le ministre de la Décentralisation et Réformes Institutionnelles, Azarias Ruberwa, a procédé le dimanche 28 septembre 2020 à l’installation officielle du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe, dans le territoire de Fizi, au Sud-Kivu, sa démarche se trouve au centre d’une vive controverse. On rappelle qu’en son temps, le Décret de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo, daté du 13 juin 2013, érigeant plus de 300 cités et agglomérations du pays en villes et communes, dont Minembwe, avait fait l’objet de vives contestations. Celles-ci étaient principalement liées au non respect des limites géographiques réelles de cette nouvelle entité territoriale et à son empiétement sur des localités voisines. A la suite du tollé suscité à l’époque par le texte précité, le Conseil des ministres avait décidé, en 2015, la surséance de son exécution. Et la situation en était restée là jusqu’à « l’investiture», toute récente, du tout premier bourgmestre de Minembwe par une forte délégation politico-militaro-diplomatique conduite par le ministre de la Défense et son collègue de la Décentralisation et Réformes Institutionnelles. Pendant que l’opinion nationale était occupée à rappeler la surséance de l’exécution du Décret de Matata intervenue en 2015, on a subitement découvert qu’il existait plusieurs Décrets, signés cette fois par le Premier ministre Bruno Tshibala en date du 30 mai 2018, dont celui portant levée de la surséance concernant l’exécution du Décret du 13 juin 2013 portant création de la commune rurale de Minembwe. A la lecture de ce Décret publié dans le Journal Officiel du 1er juillet 2018, on se rend compte non seulement que le Décret contesté

de Matata a été reconduit sans les modifications qu’exigeaient les contestations soulevées lors de sa publication, mais aussi qu’il aurait reçu le feu vert du Conseil des ministres. Cette affirmation devrait logiquement rendre tous les anciens membres du gouvernement Tshibala solidaires de la levée de la surséance. Fort curieusement, ce n’est pas le cas et c’est cela qui intrigue.

La surprise de Bitakwira Interrogé à ce sujet par le journal Le Phare, Justin Bitakwira, ancien ministre du Développement Rural dans le gouvernement Tshibala, s’est dit surpris d’apprendre que le Conseil des ministres aurait décidé, en 2018, la levée de la surséance de l’exécution du Décret de Matata. Ce dont il se rappelle, c’est le fait que le Conseil des ministres avait débattu, à son initiative d’ailleurs, de la question des villes et communes viables, qui remplissaient les conditions requises pour leur fonctionnement, et qui ne devraient pas subir le même sort que des entités sujettes à contestations comme Minembwe. Par conséquent, si une surséance devait être levée, elle ne devrait concerner que les ETD (Entités Territoriales Décentralisées) en règle à l’image de Uvira etc. En clair, aucune décision de surséance n’a été prise. Pour preuve, aucune de ces ETD (Entités Territoriales Décentralisées), n’a été installée, à l’exception de Minembwe, objet aujourd’hui comme hier d’une levée générale de boucliers. Pour plus de clarté, voici la réaction de Justin Bitakwira : « Minembwe a avalé et le groupement et le secteur pour aller dans d’autres territoires, notamment Uvira, Mwenga et Fizi. Ce que Ruberwa cherche à Minembwe, c’est son vieux territoire qu’il avait à l’époque de la rébellion du RCD. Pour s’en rendre compte, vous remarquerez que sur la trentaine de villes et communes rurales créées, il n’y a que Minembwe qui l’intéresse. Le reste du pays ne l’intéresse pas. En réalité, Ruberwa ne cherche pas une commune rurale, mais plutôt un territoire, à l’instar du Lesotho en Afrique du Sud ». Appelé à proposer une voie de sortie, Bitakwira soutient ne pas être contre l’érection de Minembwe en commune rurale mais pense que « la solution est que la commune rurale de Minembwe doit revenir à ses dimensions historiques, pas aller au-delà de ses limites. Si l’on

peut respecter cela, le problème sera résolu à 80%. Mais, aller au-delà, jusqu’à Uvira et Mwenga, c’est vouloir créer un État dans un État. Ça, on ne l’acceptera pas. S’il faut qu’on nous écrase, on va nous écraser. On ne se laissera jamais faire. Bref le Décret, tel qu’il apparaît au Journal Officiel, n’a pas été discuté en Conseil des ministres. On avait plutôt discuté de certaines questions liées aux villes et communes rurales qui remplissaient les conditions ». Ce problème des limites ne se pose pas qu’à Minembwe. Dans plusieurs régions du pays, les communes rurales créées sans étude préalable posent problème parce qu’elles empiètent sur les limites des secteurs et des entités coutumières existantes. C’est une situation dangereuse car elle peut susciter des conflits inutiles et faire couler le sang. Pour revenir aux propos de Bitakwira qui fut membre du gouvernement Tshibala, la question qui se pose désormais est celle de savoir si l’ancien Premier Ministre a triché en affirmant avoir obtenu l’aval du Conseil des Ministres. Et si tel est le cas, quelles conséquences faudrait-il en tirer ? A ce stade, seul Brutshi lui-même est en mesure d’éclairer l’opinion et particulièrement les députés qui s’apprêtent à entendre Azarias Rubera à l’initiative de l’honorable Muhindo. A l’occasion de cette interpellation, les députés ne devraient pas questionner le ministre de la Décentralisation seul. Ils devraient aussi s’intéresser à leurs collègues présents à la cérémonie de Minembwe pour qu’ils leur expliquent la nature de leur mission dans cette partie du territoire national. On sait, à ce sujet, que la Présidente de l’Assemblée Nationale qui leur avait délivré un ordre de mission est précise sur les termes de référence de leur présence dans cette partie du pays. Comment sont-ils passés d’une mission conjointe d’information avec le Ministre de la Défense et Anciens Combattants dans les zones des conflits de l’Est du pays à une mission d’installation du bourgmestre de la commune rurale de Minembwe ? Pourquoi a-t-on joué au cache-cache dans un dossier qui touche à la sécurité nationale et dans quel but ?

Kimp

Ce que dit le Décret de Tshibala

Article 1

Est levée la surséance de l’exécution des dispositions des Décrets n° 13/020, 13/021, 13/022, 13/023, 13/024, 13/025, 13/026, 13/027, 13/028, 13/029 et 13/030 du 13 juin 2013 conférant le statut de Ville et de Commune à certaines agglomérations, telle que décidée par le Décret n°15/013 du 22 juillet 2015 ;

Article 2

En cas de litige sur des limites entre des entités créées, celui-ci est soumis à une commission ad hoc établie à cet effet.

Article 3

Sont abrogées toutes les dispositions antérieures contraires au présent Décret.

Article 4

Le Vice-premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et Sécurité ainsi que le Ministre d’Etat, Ministre de la Décentralisation et Réformes Institutionnelles sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent Décret qui entre en vigueur à la date de sa signature.

Fait à Kinshasa., le 30 mai 2018

Bruno Tshibala Nzenzhe

Premier ministre

Henry Mova Sakanyi ..

Le Vice-premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et Sécurité

Azarias Ruberwa Manywa

Le Ministre d’Etat, Ministre de la Décentralisation et Réformes Institutionnelles

AUTORISATION DE SORTIE N°316/2020

Je suis soussignée, Jeanine Mabunda Lioko, présidente de l’Assemblée Nationale de la République Démocratique du Congo,

Autorise :

1) Hon. Munubo Mubi Juvénal, député national

2) Hon. Nyarugabo Mumizi Moïse, député national

3) Hon. Malandji Mujinga Patient, député national

4) Hon. Nsafu Butshiemuni Daniel, député national

5) Hon. Kitambala Kalonda Christophe, député national

6) Hon. Nsimba Matondo Modero, député national

7) Hon. Kayumba Shikilwe Bernard, député natioal

A se rendre : Goma, Beni, Bunia, Kisangani, Bukavu, Minembwe, Kalemie, Moliro, Kalubanga, Kibanga et Lubumbashi.

Objet : Mission conjointe d’information avec le ministre de la Défense Nationale et Anciens combattants dans les zones des conflits de l’Est du pays.

Durée : cinq (05) jours

Date de départ : 10 septembre 2020

Date de retour : 14 septembre 2020

Moyen de transport : avion

Cette autorisation leur est délivrée pour servir et faire valoir ce que de droit.

Fait à Kinshasa, le 09 septembre 2020

Jeanine Mabunda Lioko

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